CL 90-S, NHL 2, NHL 3,5, NHL 5, parfois HL ou FL : devant les sacs presque identiques d’un négoce de matériaux, l’hésitation vient vite. Pour qui veut un enduit décoratif sur un mur de salon, un badigeon coloré ou une niche façon tadelakt dans une salle d’eau, le choix paraît technique. Il l’est, mais il repose sur deux ou trois notions vite assimilées, qui évitent la plupart des déceptions.
Tout part de la façon dont la chaux durcit
La chaux s’obtient en cuisant du calcaire. Selon la composition de la roche, elle durcit de deux manières. La chaux aérienne, issue d’un calcaire presque pur, ne durcit qu’au contact de l’air : elle absorbe peu à peu le gaz carbonique et redevient du carbonate de calcium. Ce phénomène, la carbonatation, est lent et se poursuit pendant des semaines, voire des mois.
La chaux hydraulique provient de calcaires qui contiennent de l’argile. Elle commence à durcir au contact de l’eau, puis continue par carbonatation. Elle prend plus vite et supporte mieux l’humidité, mais elle est plus dure, d’une teinte plus grise ou plus beige, et moins souple sous la lisseuse.
Que disent les lettres et les chiffres du sac ?
En Europe, ces désignations suivent la norme NF EN 459-1. Les sigles les plus courants se lisent ainsi :
- CL désigne une chaux aérienne calcique. Le nombre qui suit (90, 80 ou 70) indique sa teneur minimale en oxydes de calcium et de magnésium, en pourcentage : une CL 90 est donc une chaux très pure ;
- la lettre S accolée à ce nombre signale une chaux éteinte, vendue en poudre ; il existe aussi des chaux en pâte, plus rares en grande surface. La lettre Q désigne au contraire une chaux vive, qui chauffe fortement au contact de l’eau et ne s’emploie pas telle quelle pour un enduit ;
- NHL désigne une chaux hydraulique naturelle, suivie de 2, 3,5 ou 5 : sa résistance minimale à la compression à 28 jours, en mégapascals. Plus le chiffre est élevé, plus la chaux est dure et hydraulique ;
- HL et FL signalent des chaux hydrauliques ou formulées qui peuvent contenir d’autres constituants que la chaux, ciment compris. Leur composition se lit sur le sac ou sur la fiche technique.
Le reste de l’étiquette compte aussi : dosage conseillé avec le sable, consommation au mètre carré pour les produits prêts à l’emploi, délai à respecter entre deux couches. Ce sont ces données, plus que le nom commercial, qui permettent de comparer deux produits.
Pour un enduit décoratif intérieur, laquelle choisir ?
Sur un mur intérieur sec, la chaux aérienne CL 90 reste le choix le plus courant pour les enduits de finition, les stucs et les badigeons. Très blanche, elle laisse aux pigments toute leur pureté. Elle reste longtemps travaillable et laisse passer la vapeur d’eau, ce qui convient aux murs anciens. Sa lenteur est le prix à payer : pendant sa prise, elle craint les courants d’air et le soleil direct, et elle reste tendre les premières semaines. Sur un mur en plâtre ou en plaque de plâtre, les fabricants demandent en général une sous-couche d’accrochage adaptée : un enduit à la chaux posé directement sur un support lisse et peu absorbant tient mal.
Dès qu’il y a de l’eau, l’équilibre change. Pour une crédence, un mur de douche ou une salle d’eau, on se tourne plutôt vers une chaux hydraulique naturelle, souvent une NHL 3,5, ou vers un produit prêt à l’emploi formulé pour les pièces humides. La NHL 5 sert surtout en maçonnerie et sur les soubassements exposés : sa dureté et sa couleur la rendent peu adaptée à une finition décorative fine.
Le tadelakt, un cas à part
Le tadelakt, souvent cité dès qu’on parle d’enduit résistant à l’eau, obéit à sa propre logique. Il est traditionnellement réalisé avec une chaux de la région de Marrakech, appliquée en couche épaisse, serrée longuement au galet puis traitée au savon noir. Le savon réagit avec la chaux et forme en surface une couche qui repousse l’eau. Les produits vendus en France sous ce nom n’utilisent pas toujours cette chaux : le résultat peut être très beau, à condition de suivre à la lettre la fiche du fabricant, notamment les temps d’attente entre les étapes.
Ce que l’étiquette ne dit pas
Deux points surprennent souvent au premier chantier. Le premier est la couleur : un enduit à la chaux teinté s’éclaircit beaucoup en séchant, si bien qu’un échantillon frais n’indique presque rien du résultat. On teste sur une plaque, on laisse sécher plusieurs jours, et l’on choisit ensuite. Les pigments doivent par ailleurs supporter un milieu très basique, ce qui écarte certains colorants ; les ocres et les oxydes de fer sont les plus employés.
Le second est la sécurité. La chaux est irritante pour la peau et dangereuse pour les yeux. Gants, lunettes et manches longues ne relèvent pas de l’excès de zèle : une projection dans l’œil impose un rinçage immédiat et prolongé à l’eau, puis un avis médical.
Pour préparer le chantier, un magazine consacré à la couleur et aux matières publie des guides sur l’enduit à la chaux, le tadelakt et les pigments naturels, avec leurs précautions d’emploi. Il propose aussi un calculateur qui estime la quantité d’enduit à partir de la surface, de la consommation par couche et du nombre de couches, marge de perte comprise.
Avant d’attaquer le mur, achetez un petit conditionnement et préparez une plaque d’essai exactement comme le support à enduire. Un essai complet, de la première couche à la finition, montre en quelques jours comment la chaux choisie se travaille, sèche et réagit à la lumière de la pièce. C’est le seul échantillon qui compte vraiment.
